
- Liu Zhibai naît le 30 novembre 1915 dans la Rue de Louxi, à Fengyang, dans la province d’Anhui, en Chine. Son grand-père paternel lui donne le nom de Tingtan (庭坦), mais à l’âge de 15 ans, il adopte le surnom que lui attribue son grand-père maternel, Zhibai (知白). Il se donnera lui-même de multiples surnoms au cours de sa vie : « 涓涓庵主 » (Juanjuan Anzhu, l’hôte du petit temple du ruisseau), « 白云 » (Baiyun, le nuage blanc), « 老藤 » (Lao Teng, le vieux Teng), « 野竹翁 » (Yezhu Weng, Weng du bambou sauvage), « 老梅 » (Lao Mei, le vieux Mei), « 梅翁 » (Mei Weng), « 如莲 » (Ru Lian), « 如莲老人 » (Ru Lian Laoren, le vieux Rulian), etc. Liu Zhibai est l’aîné d’une fratrie de six, avec trois petits frères (Tingjian庭坚, Tingchi庭墀 et Tingjie 庭堦) et deux petites sœurs (Tingjun庭俊 et Tingmei庭美).
- En 1920, il a 5 ans. Il passe sa maternelle en école privée et étudie les œuvres classiques chinoises et la calligraphie auprès de son grand-père maternel après l’école.
- En 1925, alors qu’il a 11 ans, il obtient de ce même grand-père une copie de l’œuvre Précis de peinture du Jardin du grain de moutarde. C’est ainsi qu’il se met à étudier la peinture.
- En 1928, il a 13 ans lorsqu’il étudie la poésie auprès de Tian Shaoshan (田少珊), puis de Wang Zhongchao (王仲超). À 14 ans, il écrit un poème intitulé Chant du prunier (咏梅) : « Qui regarde seul les fleurs du prunier, subjugué par la floraison de ces magnifiques cimes fragrantes. L’esprit du jade façonne une couleur de pureté, tandis que s’avance lentement et élégamment une splendide jeune femme. »
- En 1933, Liu Zhibai a 18 ans. Il est admis à l’Ecole des Beaux-Arts de Suzhou, département de peinture chinoise traditionnelle.

- Au printemps 1935, alors qu’il a 20 ans, il se marie à Fengyang avec Wang Wenhua (王文华), la fille ainée d’un haut placé de Fengyang. Au mois de mai, Liu Zhibai entre à l’« École de la peinture aux cent fleurs » de Suzhou, où il étudie la peinture de paysages auprès de Zhu Zhuyun (朱竹云), professeur à l’école des beaux-arts de Suzhou. En juillet, il prend des cours donnés par le professeur Gu Yanping (顾彥平), directeur du département de peinture chinoise traditionnelle à l’école des beaux-arts de Suzhou, et il emménage au « Pavillon Guoyun » (过云楼), riche de plus de 100 ans d’histoire, pour étudier l’art traditionnel chinois auprès du maître. Liu Zhibai a alors une fille, mais cette dernière ne survit pas à sa première année.
- En 1937, il a 22 ans lorsque son fils aîné, Weiguo (维国), vient au monde. La guerre sino-japonaise éclate. Le maître Liu rentre dans sa ville d’origine et enseigne alors à la meilleure école de Fengyang.
- Au printemps 1938, il a 23 ans lorsque Fengyang se retrouve occupée par les Japonais. Il fuit avec sa femme vers Changsha et fait ensuite des allers-retours entre différents lieux comme la ville de Hengyang, le district de Quan et Guilin pour pouvoir vendre ses peintures et gagner sa vie. C’est cette année-là que le nom Zhibai devient populaire.
- En 1939, il a 24 ans lorsque sa femme donne naissance à leur second fils. Leur troisième fils, Weiyuan (维沅), suivra en 1941.
- En 1942, Liu Zhibai devient enseignant au collège Datong, dans la province du Guangxi. Avec d’autres artistes exilés comme Tai Cang (太沧) et Qian Shiyan (钱十严), il cofonde une association de peinture et de calligraphie dans le but d’échanger des idées et des points de vue sur l’art de la peinture.
- En 1943, alors qu’il a 28 ans, sa grand-mère s’éteint des suites d’une maladie. Son deuxième fils, atteint par le choléra, décédera également cette année-là. Cependant, à la fin de l’automne, sa deuxième fille, Weiwei (维为), voit le jour.
- En 1944, l’armée japonaise envahit et occupe tout le district dans lequel vit Liu Zhibai. Il fuit alors au mois d’août vers le district de Jinchengjiang, mais il tombe là-bas aussi sur les avions japonais, qui bombardent toute la région, entraînant de nombreux morts. Alors qu’il fuit à nouveau, des soldats lui volent tout ce qu’il a sur lui et les peintures et calligraphies de toute une vie disparurent alors à tout jamais.
- En 1945, il a 30 ans lorsqu’il passe par Guiyang pour atteindre Chongqing, où il organise une exposition personnelle. Son quatrième fils, Weidi (维涤), vient au monde cette année-là. Après la victoire de la guerre face aux Japonais, il retourne avec sa famille à Fengyang. Au mois de septembre de l’année suivante, il donne des cours au collège Guangqi de la ville.
- En 1947, alors âgé de 32 ans, il fait des recherches sur les techniques de peinture utilisées pendant les dynasties Song et Yuan. Cette année marque aussi la naissance de sa troisième fille, Weipan (维盘).
- En 1948, il entame des recherches sur les techniques de peintures du peintre et poète Shi Tao (石涛), de la dynastie Qing. À cause de la guerre civile, il se voit à nouveau contraint de quitter le district avec sa famille (de plus de 10 membres) et retourne avec eux dans le Guangxi. C’est cette année-là qu’il formulera sa pensée artistique selon laquelle « au moment d’étudier, il est et je ne suis pas, au moment de peindre, je suis et il n’est pas ». Il étudie ensuite la technique de la peinture avec les doigts.
- En 1949, à 34 ans, il enseigne au collège du district de Quan. Son cinquième fils, Weixiang (维湘), vient au monde. Liu Zhibai quitte ensuite le district pour Guiyang. Au mois de septembre, il arrive à Chongqing, puis au mois de décembre, il retourne à Guiyang où il s’installe définitivement. Il se met alors à vendre ses peintures dans les rues de la ville pour gagner sa vie.
- En 1951 naît sa quatrième fille, Weixin (维新), et sa cinquième, Weisheng (维生), voit le jour en 1954. C’est aussi l’année où il peint pour des amis des paysages chinois sur des rouleaux de dix mètres de long.
- En 1955, alors qu’il a 40 ans, il tombe malade suite à un surmenage et ses cheveux et sa barbe deviennent blancs.

YU GUO TU – Huang Binhong
- En 1956, il entre dans l’association de gravure de Guiyang. Il commence aussi à s’intéresser à l’art de Huang Binhong (黄宾虹).
- En 1957 naît sa sixième fille, Weijiu (维久).
- En 1958, à 43 ans, Liu Zhibai est transféré à l’usine d’art et d’artisanat de Guiyang, où il s’engage dans la peinture traditionnelle chinoise, la peinture à la laque et la conception de motifs du quotidien en émail.
- En 1960, alors qu’il a 45 ans, son sixième fils, Weishi (维时), voit le jour.
- En 1963 naît son septième fils, Weiyang (维阳).
- En 1964, à 49 ans, Liu Zhibai entre à l’atelier national de l’institut de recherche des beaux-arts et de l’artisanat de Guiyang.
- En 1968, alors qu’il est âgé de 53 ans, il voit plusieurs fois ses biens être confisqués du fait du mouvement de la Révolution Culturelle. L’ensemble de ce qu’il avait dissimulé, les sceaux, les peintures et les œuvres de calligraphie, tout est détruit. Les centaines d’œuvres qu’il avait offert à plusieurs de ses amis sont aussi secrètement détruites par ces derniers, soit par l’eau, soit par le feu.
- En janvier 1971, il est exilé dans la petite ville de Xima, district de Longli, dans la province du Guizhou. Pour se ressourcer, il escalade presque tous les jours la montagne pour faire des croquis de la nature environnante, cueillir des herbes médicinales, ramasser du bois à brûler et cueillir des herbes comestibles et des fruits sauvages. En l’espace de deux ans, il explore tous les recoins de Xima, toutes les montagnes et les rivières. Grâce au contact de la nature, son style de peinture connaît un grand changement.
- À l’hiver 1972, Liu Zhibai, âgé de 57 ans, retourne travailler à Guiyang.
- En 1973, il peint « Les milles montagnes enneigées » (千岭冬雪图). Il fait aussi des recherches sur les techniques de peinture des dynasties Ming et Qing.

- En 1974, âgé de 59 ans, il souffre d’une maladie pendant six mois. On lui annonce trois fois à l’hôpital qu’il est en phase terminale.
- En 1975, il fait des recherches autour des calligraphies de Wang Xizhi (王羲之), Huai Su (怀素) et Mi Fei (米芾), mais aussi autour des peintures traditionnelles chinoises de fleurs et de plantes telles que représentées par Xu Wei (徐渭), Ba Da (八大), Zhao Zhiqian (赵之谦) et Wu Changshuo (吴昌硕). C’est cet hiver-là qu’il peint des paysages enneigés et qu’il écrit un poème sur le thème en question, dont voici quelques vers : « La neige tourbillonne dans les airs tandis que la nuit tombe, comme du jade fin emporté par un vent fou partout dans les champs. Les pins verts se tiennent droit devant la petite colline, et le froid se montre mordant. »

- L’année des 61 ans de Liu Zhibai, 1976, marque la fin de la Révolution Culturelle. Il peint « Les dix milles ravins s’écoulent » (万壑水云流图) et fait des recherches sur Xu Gu (虚谷). Il s’intéresse aussi aux méthodes de peinture des poissons rouges.
- En 1977, il peint à de nombreuses reprises des peintures de paysages de montagnes et étudie différents artistes comme Qing Teng (青藤), Bai Yang (白阳), Cheng Sui (程邃), les 4 moines bouddhistes (清初四僧), Mei Qing (梅清), ainsi que Zhao Zhiqian (赵之谦) et Wu Changshuo (吴昌硕).
- En 1978, il explore les techniques de peinture à l’encre de Huang Binhong (黄宾虹). Il participe aussi à une exposition française de peinture à l’huile à Pékin. À cette occasion, il se rend dans le hall des peintures de la Cité Interdite pour observer les œuvres qui y sont exposées et apprendre des techniques qui y sont utilisées. Il visite Dafangshan et Yunju et y observe les gravures sculptées sur les flancs des montagnes.

- En 1979, la cinquième fille de Liu Zhibei, Weisheng, décède suite à un accident de train à Jingmen, dans le Hubei. La même année, Liu Zhibei part voyager à Huangshan, dans l’Anhui, puis retourne à Suzhou pour interviewer les descendants de l’ancien grand maître Gu Yanping (顾彦平). Il en profite pour admirer la beauté de sites anciens et visite Baihuaxiang.
- En 1982, à l’âge de 67 ans, il va au Yunnan pour visiter Cangshan et Bohai. Il se rend ensuite dans la région de Chengdu, au Sichuan, pour escalader les monts Emei et Qingcheng. Il peint alors des dizaines de chefs d’œuvre représentant des paysages et des fleurs, tels que « Mille montagnes, vents et pluies » (千山风雨图), ou encore « Les dix mille ravins, le vent de pins et les dix milles framboises » (万壑松风万树梅). Sous l’influence de Xu Wei (徐渭), de Shi Tao (石涛) et de Huang Binhong (黄宾虹), il utilise les feuilles de bambou pour représenter à l’encre les paysages du Guizhou.
- En 1985, il part explorer le mont Lushan. Il peint alors deux œuvres, « La neige de bonne augure des montagnes du Guizhou » (黔山瑞雪图) et « Les montagnes du Guizhou s’étendant d’est en ouest » (云横黔山图). Il poursuit ses recherches sur des artistes comme Xu Wei (徐渭) et Dan Dang (担当), etc.
- En 1986, à l’âge de 71 ans, il va visiter la ville de Dali, dans la province du Yunnan, et il retourne à la peinture, avec notamment l’œuvre « Compétition de beauté entre mille monts » (千峰竞秀图).
- En 1987, il prend sa retraite. Cependant, il est ensuite embauché au Musée provincial d’histoire culturelle du Guizhou.

- En 1989, il publie l’article « Discussion autour de la « méthode, de l’observation, de l’effort et du changement » » (论 “法、守、功、化”) dans le magazine Peinture chinoise.
- En 1993, à l’âge de 78 ans, il commence à explorer la technique de la peinture d’éclaboussures à l’encre et crée une centaine d’œuvres sur toile qu’il nommera « Des nuages sans intention » (云无心册).
- En 1995, Liu Zhibai s’affaiblit ; son style de peinture s’en voit transformé. Par le passé, personne n’avait su trouver de méthode pour dépeindre l’âme des montagnes du Guizhou. Lui produira cent œuvres sur le sujet, intitulées « Les nuages de fumée des monts du Guizhou » (黔山烟云册).

- En septembre 1999, le vice-président de l’Académie des arts de Chine, Feng Qiyong, le directeur de l’Institut des arts comparés, Gu Sen, ainsi que le directeur adjoint de l’Institut des beaux-arts, Chen Shouxiang, participent de manière respective à l’écriture de la préface de la Compilation des œuvres de Liu Zhibai. Au mois de décembre de la même année, le doyen de l’Académie centrale des arts et métiers, Zhang Wei, rédige le titre d’une collection de ses peintures.
- En 2000, à l’âge de 85 ans, Liu Zhibai peint un rouleau de 25 mètres qu’il intitule « Les montagnes nuageuses sont sans limites » (云山无尽图). Les célèbres érudits et critiques artistiques Feng Qiyong (冯其庸), Chen Shouxiang (陈绶祥), Chen Lvsheng (陈履生) et Liu Longting (刘龙庭) se rendent à Guiyang pour assister à « L’exposition et séminaire académique autour de la peinture chinoise de Liu Zhibai ». Ils vont même jusqu’à la demeure de Liu Zhibai pour admirer ses œuvres. Après les avoir regardées, Feng Qiyong se serait directement mis à écrire ces quelques vers : « Ce que nous fait réellement comprendre la subtilité du pinceau couleur cendre, c’est l’émergence des six dynasties dans le souffle du vent et le crépitement de la pluie. Admirer les paysages peints c’est comme voir le pinceau de Lian Weng, faisant l’écho du fait que les temps anciens étaient bien solitaires. »
- Après cela, Ke Wenhui (柯文辉), Chen Chuanxi (陈传席), Chen Lvsheng (陈履生), Mei Mosheng (梅墨生), Xu Hongquan (许宏泉) et Zhu Jingsheng (朱京生) ont tous successivement écrit un article faisant l’évaluation de l’art de Liu Zhibai.

- Au printemps 2003, Liu Zhibai continue à peindre pendant plusieurs heures tous les jours. À la fin du mois de mars, il se retrouve alité et ne peut plus se lever de son lit. Quelques jours avant sa mort, il crée encore plus d’une dizaine d’œuvres en éclaboussant de l’encre sur son lit. Il décèdera chez lui le 14 août à 2H du matin. Le lendemain, le célèbre peintre Li Shinan (李世南), ainsi que d’autres artistes, ont envoyé des messages et des distiques élégiaques pour présenter leurs condoléances. Feng Qiyong enverra, lui, un télégramme intitulé « La chanson de Baiyun » pour faire ses adieux au peintre.

- Février 2004 : Première ébauche de Liu Zijin (le fils de Liu Zhibai) du bord de la rivière de Juma, à Zhuozhou (province du Hebei)
- Mai 2018 : le village Yongqing est surnommé le village des maisons aux lotus (Rulian en chinois, comme le surnom de Liu Zhibai)